Vatican · Dossier santé
Cancer du poumon : l'opération du pape Léon XIV, jour par jour
Le souverain pontife de 71 ans s'est fait retirer le lobe inférieur du poumon droit à l'hôpital Gemelli de Rome le mardi 13 octobre 2026. Récit détaillé d'une annonce surprise et d'une convalescence sous les yeux du monde entier.
Dossier de presse · Mise à jour : vendredi 16 octobre 2026 · Sources : AFP, Vatican News, presse française et internationale
Une annonce surprise sur la place Saint-Pierre
C'est le pape lui-même qui a révélé sa maladie. Dimanche 11 octobre, à l'issue de la prière de l'Angélus, Léon XIV a annoncé à la foule rassemblée place Saint-Pierre que des examens récents avaient découvert un nodule pulmonaire — une petite excroissance — « à un stade très précoce » et « bien localisé ».
« Les médecins jugent opportun d'intervenir et donc, suivant leurs conseils, j'ai décidé de me faire opérer. » — Léon XIV, Angélus du dimanche 11 octobre 2026
Une transparence inhabituelle au Vatican, où la communication sur la santé des papes reste traditionnellement sensible, même si elle s'était déjà assouplie pendant la maladie du pape François, décédé en avril 2025. Le cardinal Tarcisio Isao Kikuchi, archevêque de Tokyo, qui a rencontré le pape lundi, a précisé que celui-ci avait choisi de se faire opérer au plus tôt pour ne pas perturber ses voyages à venir, et qu'il ne s'agissait pas d'une urgence.
Mardi 13 octobre : l'opération au Gemelli
Mardi en fin de matinée, le pape quitte le Vatican et arrive peu après 13 h à l'hôpital Gemelli, le plus grand hôpital de Rome, surnommé « l'hôpital des papes ». Souriant, il salue la foule à son arrivée. Dans l'après-midi, il subit une intervention de chirurgie thoracique vidéo-assistée.
Dans la soirée, vers 20 h, le bureau de presse du Saint-Siège publie un bulletin signé du Dr Luigi Carbone, médecin référent du pape, et du Pr Stefano Margaritora, chef de la chirurgie thoracique du Gemelli, assisté des Drs Elisa Meacci, Maria Teresa Congedo et Leonardo Petracca Cavarella. Ses points clés :
- L'opération s'est « bien déroulée, dans les délais et selon les modalités prévus », sans complications.
- Le Saint-Père est resté environ 3 heures au bloc, dont 90 minutes d'intervention proprement dite.
- L'examen histologique confirme le diagnostic d'adénocarcinome pulmonaire, comme le laissaient présager les examens préopératoires.
- Pour rendre l'intervention « radicale », le lobe inférieur du poumon droit a été retiré.
- Le pape s'est réveillé « normalement » et, après une courte période d'observation, a regagné sa chambre au 10ᵉ étage ; il a demandé à dîner dans la soirée.
Qu'est-ce qu'un nodule pulmonaire ?
Un nodule est une petite masse circonscrite dans le tissu pulmonaire. « Ces nodules peuvent correspondre à toute une série de lésions bénignes — inflammatoires, infectieuses, auto-immunes ou congénitales — ou bien être malignes », expliquait à l'AFP le Pr Federico Venuta, chef de chirurgie thoracique à l'hôpital Policlinico Umberto I de Rome. Chez le pape, l'analyse a confirmé une tumeur maligne : un adénocarcinome, la forme la plus fréquente de cancer du poumon. Découverte à un stade précoce et réséquée de manière radicale, cette tumeur offre un pronostic « très positif » : selon la Dr Mora, le taux de survie à cinq ans atteint 80 à 98 % à ce stade, en particulier après ablation chirurgicale.
Mercredi 14 : « évolution postopératoire normale »
« Le pape a passé une nuit tranquille », indique simplement le Vatican mercredi matin. Dans l'après-midi, un bulletin médical plus détaillé précise que Léon XIV suit une « évolution postopératoire normale » :
- Prises de sang et radiographie thoracique « conformes à la norme » ; « les valeurs sont normales pour le type d'intervention effectué ».
- Le pape a repris une alimentation normale (petit-déjeuner et déjeuner), commencé à marcher dans sa chambre et effectué des exercices de kinésithérapie respiratoire.
- « Le moral est bon », selon le Vatican. Il a même concélébré une messe mercredi après-midi dans une salle spécialement aménagée au 10ᵉ étage, la chapelle privée de la suite papale étant en rénovation.
- Des examens complémentaires sont en cours pour déterminer si le cancer s'est propagé au-delà de la lésion opérée ; ils indiqueront le stade exact de la maladie et d'éventuels traitements complémentaires (comme une radiothérapie).
Cette journée, le pape devait initialement présider une grande messe dans la basilique Saint-Pierre pour la clôture d'une assemblée mondiale sur la famille, aux côtés de responsables de l'Église du monde entier. Il a été remplacé par le nouveau doyen des cardinaux, Mgr Luis Antonio Tagle. Tous ses rendez-vous sont annulés jusqu'au 20 octobre.
Jeudi 15 : le travail reprend déjà
« Le pape a passé une bonne nuit à l'hôpital, il s'est levé et a pris son petit-déjeuner », écrit le service de presse du Saint-Siège jeudi matin sur Telegram. Les examens de routine du matin sont « normaux » et « la radiographie thoracique a montré une bonne récupération du poumon opéré », selon les Drs Carbone et Margaritora. La séance de physiothérapie comprenait « des exercices moteurs complets », et le pape a accompli « ses activités quotidiennes de manière autonome ».
Signe de reprise institutionnelle : jeudi après-midi, Léon XIV a reçu à l'hôpital Mgr Paolo Rudelli, substitut pour les Affaires générales de la Secrétairerie d'État. Chaque soir, des fidèles se réunissent à 18 h devant le Gemelli pour prier le chapelet ; une banderole « Viva il Papa » est déployée au pied de la statue de Jean-Paul II. Le cardinal Baldassare Reina, vicaire du pape pour Rome, a présidé une prière dans la chapelle Saint-Jean-Paul II de l'hôpital.
Un monde en émoi
Les messages de soutien affluent du monde entier. Le président américain Donald Trump — pourtant très critique envers le pape en raison de ses positions pacifistes — lui a souhaité un bon rétablissement : « C'est un truc sérieux, dès qu'on a un cancer, mais le pronostic semble bon. Je veux simplement lui souhaiter le meilleur. Remettez-vous vite ! » Le Premier ministre australien Anthony Albanese a dit que toutes ses « pensées et prières » allaient au pontife, « une source d'inspiration pour les catholiques du monde entier ». En France, Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris, a invité les fidèles à « porter avec ferveur et tendresse filiale le Saint-Père dans leur prière personnelle ».
L'hôpital des papes
Le Gemelli est l'hôpital où les papes sont traditionnellement soignés. Jean-Paul II y a été hospitalisé neuf fois (153 jours au total) et le surnommait le « Vatican numéro trois ». François y a passé ses dernières semaines avant sa mort en avril 2025. Léon XIV séjourne dans une autre zone du 10ᵉ étage que la suite médicale des papes, actuellement en travaux — une disposition qui garantit l'isolement et la sécurité, tout en différant des hospitalisations précédentes.
Conséquences pour le pontificat et le voyage en Amérique latine
La convalescence, annoncée à environ une semaine, met le calendrier sous tension : le pape doit normalement partir le 6 novembre pour un voyage de 11 jours en Uruguay, en Argentine et au Pérou (du 6 au 17 novembre) — un pays dont il a pris la nationalité après y avoir été missionnaire une vingtaine d'années, notamment évêque de Chiclayo. Les préparatifs s'y poursuivent malgré l'incertitude, et à Chiclayo, la « ville du pape », on prie pour son retour. Le Pr Venuta rappelle toutefois qu'« en règle générale, il est recommandé d'éviter les voyages en avion pendant une vingtaine de jours après ces interventions chirurgicales, même si une certaine souplesse est possible ».
Au-delà de l'agenda, l'épisode redessine déjà la perception du pontificat. « C'était le pape sportif, grand voyageur. Il peut le rester, mais il deviendra aussi un pape dont on scrute la santé », analyse Mikael Corre, correspondant du Vatican pour La Croix, rappelant que personne ne pensait « revivre si tôt l'attente des bulletins médicaux ». Certains, au Vatican, estiment que la maladie pourrait conduire le pape à « revoir ses priorités » — moins de voyages, davantage de nominations : Léon XIV n'a encore créé aucun cardinal, et cinq responsables de dicastères ont atteint la limite d'âge de 75 ans. Le droit de l'Église ne prévoit de toute façon aucune disposition particulière en cas de problème de santé du pape, élu à vie.
Chronologie
Date Événement Dim. 11 oct. Annonce surprise du pape à l'Angélus : un nodule pulmonaire découvert « à un stade très précoce ». Lun. 12 oct. Le Vatican confirme l'hospitalisation prévue mardi ; les experts qualifient l'opération de peu risquée. Mar. 13 oct. Admission vers 13 h au Gemelli ; intervention de 90 minutes ; le nodule est cancéreux (adénocarcinome) : ablation du lobe inférieur du poumon droit. Mer. 14 oct. Nuit « tranquille », analyses et radio « conformes à la norme », marche, kiné respiratoire, messe concélébrée. Mgr Tagle remplace le pape à la grande messe. Jeu. 15 oct. Bonne nuit, examens normaux, « bonne récupération du poumon opéré » ; le pape reçoit Mgr Rudelli et reprend le travail. 20 oct. Date prévue de reprise des audiences. Résultats complémentaires attendus sur d'éventuels signes de propagation. 6–17 nov. Voyage prévu en Uruguay, Argentine et Pérou — maintien non confirmé.Pronostic : selon les spécialistes (Pr Venuta, Dr Mora, Dr Marco Scarci), l'ablation « radicale » d'une tumeur détectée à un stade précoce et l'excellente forme physique du pape — amateur de tennis et de natation — laissent présager une guérison favorable, même si trois mois peuvent être nécessaires pour retrouver son niveau de forme d'avant l'opération.